Les déclarations de guerre

 

Le 28 juin 1914 à Sarajevo, l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg, héritier du trône austro-hongrois, et son épouse furent froidement assassinés par deux jeunes serbes.

Le 23 juillet, l’Autriche-Hongrie soutenue par l’Allemagne remettait à la Serbie un ultimatum aux conditions humi-liantes et extrêmement sévères. Belgrade, le 25 juillet l’acceptait cependant avec une réserve ce qui entraîna Vienne à lui déclarer la guerre le 28 juillet. Face à la crise, Londres tentait diplomatiquement une ultime réconciliation mais en vain.

Le 29 juillet la Russie mobilisait ses troupes le long de la frontière autrichienne, la tension extrême entre Russes et Austro-hongrois  provoqua le 31 juillet  leur mobilisation générale.

Le lendemain 1er août,  l’Allemagne déclara la guerre à la Russie, et prononça sa mobilisation générale. La France en fit de même et ordonna de placer ses troupes de couverture à 10 km en deçà de sa frontière.

Le 2 août, l’Empire allemand viola la neutralité du Grand Duché du Luxembourg et expédia un ultimatum à la Belgique pour lui exiger  le libre passage sur son territoire de ses armées. Le refus belge d’obtempérer entraîna les Allemands le 3 août à déclarer la guerre à la Belgique et à la France sous prétexte mensonger d’avoir subi un bombardement aérien.

Dès le 4 août l’Empire germanique lança une attaque brusquée sur Liège. De part la violation de la neutralité belge, le Royaume-Uni déclara la guerre à l’Allemagne et le 5 août l’Autriche-Hongrie déclarait à son tour la guerre à la Russie. En un mois, une première partie de l’Europe s’embrasa.  

 

La stratégie allemande

 

En 1905, le général Von Schlieffen estimait que les défenses des frontières de l’Est de la France  étaient capables d’arrêter une invasion et que celles de la région du Nord étaient quant à elles bien médiocres et propices à une incursion de grande envergure.

Sa stratégie d’invasion consistait avec une armée très solidement constituée de traverser la Belgique afin de pénétrer rapidement sur le territoire français par le Nord. Un large mouvement tournant devait s’opérer pour à la fois assiéger Paris et encercler les armées françaises.

En 1914, son successeur le colonel général Moltke maintenait le principe mais comme l’Empire germanique devait combattre simultanément contre la France et la Russie les moyens mis en œuvre furent inférieurs à ceux initialement prévus.

 

Le siège de Liège, du 5 au 16 août 1914

 

En 1892, les 12 forts constituant la position fortifiée de Liège devinrent opérationnels. Ils avaient pour but de stopper les unités allemandes désireuses de franchir la Meuse pour pénétrer sur le territoire belge et de bloquer l’utilisation de la ligne de chemin de fer reliant l’Allemagne à la France.

Dès le 4 août, juste après la déclaration de la guerre, avec une armée (Maas-Armee) rapidement constituée, composée de 60 000 hommes et de quelques obusiers de 21 cm, le haut commandement allemand déclencha sur Liège une attaque       « coup de main ».  Dans un premier temps la position fortifiée belge composée d’environ de 32 000 hommes résista vaillamment contre les assauts allemands et ce en leur infligeant de lourdes pertes. Pour accélérer la destruction des différents forts en mesure de se défendre, 2 batteries de 2 obusiers de 42 cm, pièces extrêmement puissantes, furent envoyées en renfort. Après 5 jours de bombardements intensifs, le dernier fort Flémalle capitula le 16 août 1914. Le roi des Belges, Albert 1er, pour protéger son armée alla se réfugier dans le camp retranché national d’Anvers ; l’exécution du plan Schlieffen pouvait débuter.   

 

Offensives françaises en Haute-Alsace, du 7 au 25 août 1914

 

Dès le 7 août, les Français forts d’un petit détachement de 45 000 hommes amorçaient une offensive en Haute-Alsace, ils avancèrent  jusqu’ à Mulhouse où ils furent chaleureusement acclamés par la population. Les troupes françaises résistèrent de leur mieux aux attaques allemandes mais devant l’évidente menace d’encerclement, ils durent se replier et quitter la plaine d’Alsace.     

Une armée dite « d’Alsace » fut constituée et confiée au général Pau, le 19 août ; elle reconquit Mulhouse. Mais suite aux échecs subits en Belgique et en Lorraine, les troupes françaises se replièrent le 23 août sur Thann et sur la ligne des crêtes des Vosges, l’armée d’Alsace fut dissoute le 25 août.

 

 

La bataille des frontières, du 15 au 23 août 1914

On appelle bataille des frontières toutes les batailles frontalières intervenues entre le 15 et le 23 août 1914 dans trois gros secteurs géographiques :

 

   - Le premier en Lorraine annexée :

Nostalgiquement, les Français lancèrent la IIe armée du général de Castelnau, appuyée par quelques unités de la Iere, à la reconquête de la Lorraine annexée perdue depuis 1871. Après une avancée de 40 km presque sans combat, les Allemands solidement retranchés les stoppèrent brutalement devant Morhange et Sarrebourg. Ces combats se soldèrent par la perte du col du Donon dans les Vosges et par une retraite précipitée de la IIe armée sur le Grand-Couronné de Nancy le 23 août.        

                                              

  - Le deuxième dans les Ardennes belges :

Joffre lança le 21 août avec les IIIe et IVe armée une offensive de grande envergure dans les Ardennes belges ; ceci dans le but de séparer en deux la ruée allemande qui était en train de traverser la Belgique. Le terrain extrêmement boisé compliquait l’utilisation de l’artillerie et favorisait les Allemands plus soucieux que les Français à tendre des embuscades.  Toutes ces attaques se terminèrent au bout de 3 jours de combat pour chacun des belligérants par de lourdes pertes et par la retraite des unités françaises engagées.

 

  - et le troisième dans les environs de Charleroi en Belgique :

Au lieu de rester sur une position défensive derrière la Sambre comme le demandait le Gal Lanrezac, commandant de la Ve armée, les généraux des 3e et 10e corps d’armée prirent l’initiative de mener l’offensive. Les 21 et 22 août, sans véritable reconnaissance et sans appui d’artillerie,  l’attaque française exécutée à coup de charge massive d’infanterie face à un ennemi abrité se solda par des pertes sanglantes. Le soir de 23 août, le Gal Lanrezac ordonna avec clairvoyance le recul de son armée avant que celle-ci eut été complètement encerclée au sud de Charleroi.

 

La bataille des frontières dans son ensemble se caractérisa par de lourdes pertes françaises et par la faillite du plan des opérations du G.Q.G de Joffre. Devant ces échecs, la retraite des armées devenait une conséquence logique et inévitable.

Batailles de la trouée de Charmes et du Grand-Couronné de Nancydu 23 août au 13 septembre 1914

 

La situation générale était très avantageuse pour les impériaux, c’est pourquoi ils décidèrent pour donner le dernier coup de grâce aux forces françaises, de percer le front par la trouée de Charmes située à mi-chemin entre Toul et Epinal dans le but de s’engouffrer et de prendre à revers les armées positionnées derrière la Meuse et la Moselle.

Cette manœuvre d’enveloppement de grande envergure fut confiée à la 6e armée allemande commandée alors par le Prince de Bavière. 

Malgré une première avance allemande opérée le 24 août au sud de Nancy les Français résistèrent. Le commandant en chef des armées allemandes, le général Moltke, soucieux de créer cette rupture ordonna l’intervention de ses dernières réserves, à savoir 6 divisions d’infanterie d’ersatz initialement destinées aux armées opérant en Belgique. L’ossature du plan Schlieffen s’affaiblissait considérablement. En même temps, comme l’Italie s’était déclarée comme un état neutre, les troupes initialement destinées à la défense des Alpes purent renforcer les lignes françaises.

Entre le 25 et le 29 août les armées françaises contre-attaquèrent et reprirent une partie de territoire perdu en début de campagne. 

 

La bataille de la trouée de Charmes ayant échouée, les Allemands décidèrent cette fois-ci d’attaquer de front en direction de Nancy. Les impériaux réussirent à s’approcher le 7 septembre à 6 km de Nancy mais l’acharnement de ses défenseurs réussit à les refouler et à les faire reculer aux environs de la frontière d’août 1914 ; cette partie du front ne bougea plus jusqu’ à l’armistice du 11 novembre 1918.

    

 

La bataille de la Marne, du 5 au 13 septembre 1914

 

Le 24 août, toutes les armées Alliées, sans être désorganisées, battaient en retraite à l’exception des 1ere et 2e armées qui étaient en pleine bataille de la trouée de Charmes. Le 26 août, les Allemands durent pour renforcer leur front Est prélever 2 corps d’armée ; l’abandon du plan Schlieffen fut consommé.

Malgré un coup d’arrêt infligé aux Allemands par la Ve armée à Guise le 29 août, Joffre ordonnait de poursuivre le repli sous la Seine tout en incorporant au sein des unités affaiblies des renforts venus des dépôts.

 

Le gouvernement, sous la menace de l’invasion, déménageait pour Bordeaux le 2 septembre ; à cette même date les aviateurs du camp retranché de Paris, alors en état de défense, observèrent que la 1ere armée, de Von Kluck,  fléchissait complètement à l’ Est abandonnant du coup le siège de la capitale. Avec une partie de la VIe armée destinée initialement à la protection du camp retranché, le Gal Gallieni, alors gouverneur militaire de Paris, attaqua le 4 septembre le flanc droit de la 1ere armée allemande. Le 6 septembre, Joffre rallia le corps expéditionnaire britannique et la Ve armée à cette offensive.  

 

Bien que l‘offensive menée le long de l’Ourcq par la VIe armée n’obtint pas de progression significative et ce malgré l’arrivée en renfort de 5500 hommes transportés en taxis, elle obligea cependant le 6 septembre Von Kluck à rapatrier d’autres unités créant du coup une brèche de 50 km entre la 1ere et 2e armée impériale. Le 8 septembre les armées allemandes du centre se ruèrent à l’assaut des lignes françaises, celles-ci renforcées par quelques unités des armées de l’Est résistèrent jusqu’ à leurs limites extrêmes.

 

Profitant de l’ouverture créée, les troupes alliées s’y engouffrèrent et firent par leur menace reculer le 9 septembre les 1ere et 2e  armées allemandes. Le siège du camp retranché de Maubeuge débuté le 27 août immobilisa jusqu’ à la capitulation du 7 septembre un effectif allemand important qui aurait été très utile lors de la bataille de la Marne.

Épuisées et quelque peu désorganisées mais non battues, les armées allemandes exécutèrent un repli général pour se positionner le 13 septembre sur une ligne défensive allant de l’Aisne à Verdun. La poursuite française réalisée avec également des troupes tout aussi exténuées fut stoppée par de solides positions retranchées.  

 

Estimation des pertes

 

A titre indicatif, nous avons tenté de dresser un bilan chiffré des pertes selon 2 hypothèses :

 

  • la première avec comme définition de pertes tous ceux qui ont été :

        -   blessés et donc évacués vers l’arrière,

        -   tués sur le terrain, dans les formations sanitaires de campagne et dans les hôpitaux de l’intérieur,

        -  fait prisonniers,

       -  et portés disparus.

Peu de sources d’informations présentent ces estimations. Cependant nous avons pu estimer en six semaines de conflit les pertes des différents belligérants à environ 1 128 000 avec cette décomposition :

       - 570 000 Français, en tenant compte de la capitulation du camp retranché de Maubeuge,

       -  33 000 Britanniques,

       -  65 000 Belges, en tenant compte des redditions des camps retranchés de Liège et de Namur,

      -  460 000 Allemands.

 

  • Et la deuxième avec une définition de pertes limitée à tous ceux qui ont été :

      -  tués sur le terrain, dans les formations sanitaires de campagne et dans les hôpitaux de l’intérieur,

      -  fait prisonniers,

      -  et portés disparus.

Beaucoup de sources d’informations présentent des estimations différentes des unes des autres mais dans l’ensemble nous avons estimé en six semaines de conflit les pertes des différents belligérants à plus de  456 000 hommes avec :

      -  299  000 Français,

      -  17 000 Britanniques,

      -  35 000 Belges,

      -  105 000 Allemands.

 

Le nombre de tués tous belligérants confondus devait être de l’ordre de 293 000 hommes dont, selon nous 181 000 Français.

Photo réalisée certainement le 5 août 1914 dans les rues de la capitale, juste avant l’embarquement des 2e et 3e bataillons du 5e RI de Paris ; ce caporal fait remplir sa gourde de vin rouge par un civil enthousiaste.

Ce régiment appartenant à la 6e DI subissait ces premières pertes le 22 août, près de Charleroi en Belgique ; et fut le lendemain particulièrement éprouvé par les efficaces bombardements d'artillerie allemands.

 

Faute d'une bonne organisation défensive derrière la Sambre, les unités françaises durent très vite reculer...

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